Bien que les effets néfastes du tabagisme et de l’exposition à la fumée secondaire sur la santé publique soient bien connus par la population en général, la cigarette est également responsable de plusieurs problèmes environnementaux majeurs. En effet, chaque étape du cycle de vie d’une cigarette, en débutant par la culture et le séchage du tabac, la fabrication et la distribution du produit, la consommation du produit, et en finissant par les déchets post-consommation, a des répercussions négatives importantes sur l’environnement. (1)
Parmi ces répercussions négatives, il y a l’épuisement des ressources naturelles, la destruction d’écosystème associée à une perte de biodiversité, l’érosion et la dégradation des sols, la pollution de l’eau et la contribution aux changements climatiques par l’augmentation de la quantité de dioxyde de carbone atmosphérique.
Les impacts environnementaux du cycle de vie d'une cigarette
Les pays producteurs de tabac
La majorité de la production de tabac, soit 55% de cette production, est implantée au Brésil, en Chine et en Inde, et le 45% restant est complété principalement par dix pays, dont les États-Unis d’Amérique, l’Indonésie, le Malawi, le Mozambique, la République-Unie de Tanzanie, la Türkiye et le Zimbabwe.
Au cours des dernières décennies, les surfaces de terres agricoles dédiées à la culture de tabac en Chine, au Brésil et en Inde se sont maintenues, sans augmenter dans le nombre de surfaces occupées. Au contraire, la dynamique qui est observée est le déplacement des multinationales de tabac vers des pays à faible revenu et intermédiaires. En effet, « entre 2005 et 2020, les surfaces occupées par des plantations de tabac ont diminué de 15,8 % à l’échelle mondiale, mais elles ont augmenté de 19,8 % en Afrique. Sur le continent africain, l’Afrique de l’Est concentre 88,5 % de la production de feuilles de tabac ». (2)
Le cycle de vie d’une cigarette
Culture et séchage du tabac
La culture du tabac nécessite l’utilisation de ressources naturelles, comme l’eau douce, le bois, ainsi que des terres agricoles. Deux enjeux peuvent être soulevés quant à l’utilisation des ressources naturelles des pays producteurs de tabac : l’accaparement de ces ressources naturelles par l’industrie du tabac ainsi que la dégradation des écosystèmes des pays producteurs de tabac.
D’une part, l’accaparement des ressources naturelles par l’industrie du tabac se fait dans des pays à faible revenu et intermédiaires, qui luttent avec des défis d’insécurité alimentaire. Or, les terres agricoles pourraient être utilisées, par les populations locales des pays producteurs de tabac, à la culture d’aliments afin de faire face aux enjeux d’insécurité alimentaire. L’accaparement des ressources naturelles par des industries est un problème complexe et de grande échelle qui nécessite l’intervention des gouvernements et des instances internationales. En somme, l’industrie du tabac nécessite l’utilisation d’une grande quantité de ressources naturelles, des ressources qui sont limitées et qui sont enlevées aux populations locales. À titre d’exemple, la production de tabac au Brésil en 2015 a nécessité environ 264 milliards de litres d’eau, ce qui aurait suffi à l’approvisionnement annuel en eau potable de 3,7 millions d’habitants (3).
D’autre part, la culture et le séchage de tabac engendrent plusieurs impacts sur l’environnement, auxquels les populations locales font face et devront gérer dans le futur. En effet, la culture et le séchage du tabac dégradent les écosystèmes, puisqu’elles engendrent la contamination des sources d’eau, l’érosion et la dégradation des sols et la déforestation, menant à une perte de biodiversité et à la contamination de toute la chaine alimentaire. La monoculture est généralement la manière retenue par l’industrie pour cultiver le tabac, une manière peu durable pour l’environnement puisqu’elle implique une utilisation importante de produits chimiques, dont des pesticides, des engrais et des régulateurs de croissance. Ces produits chimiques finissent par ruisseler et s’infiltrer dans les sources d’eau à proximité, ayant pour résultat leur pollution. Aussi, la monoculture du tabac épuise plus rapidement les sols, les rendant infertiles, puisque la plante de tabac absorbe des nutriments du sol, tels que l’azote, le phosphore et le potassium, bien plus que d’autres plantes cultivées en monoculture. (4)
De plus, la culture et le séchage du tabac engendrent une déforestation, puisque l’industrie doit obtenir du bois pour le séchage des feuilles de tabac après la récolte : il faut environ un arbre pour fabriquer 300 cigarettes (5). La déforestation contribue à la dégradation d’écosystèmes, au déclin de la biodiversité, et à l’érosion des sols qui peut mener à un risque de désertification.
Fabrication et distribution
L’industrie du tabac émet une grande quantité de CO2. Près de 84 millions de tonnes d’émissions de CO2 par an constituent une empreinte carbone associée à la production, la fabrication et la distribution des cigarettes (6). La déforestation qui survient pendant la production du tabac est une cause, ainsi que l’émission de CO2 par les transports des matières premières et des produits finis en phase de distribution.
Consommation
Le fait de fumer comporte aussi son lot de pollution en émettant dans l’air des particules fines, à la base de la création du smog. De plus, la combustion d’une seule cigarette émet plus de 7000 substances toxiques, exposant le fumeur à un risque 57 fois plus élevé de développer un cancer en comparaison à n’importe quelle autre source de pollution existant à ce jour.
Pour en savoir plus, vous pouvez consulter l’article Fumer, ça pollue! d’Anick Perreault-Labelle (2014) sur info-tabac.ca : https://info-tabac.ca/fumer-ca-pollue/
Déchet post-consommation
Après la consommation d’une cigarette, son élimination est un autre enjeu qui cause des impacts environnementaux. En effet, le cycle de vie du tabac engendrerait environ 25 millions de tonnes de déchets chaque année à l’échelle mondiale, un chiffre qui est expliqué par environ 4,5 billions de mégots de cigarettes qui sont jetés dans l’environnement chaque année (7).
L’habitude de jeter des mégots dans l’environnement est un geste qui peut engendrer des incendies lors de période de sécheresse, et polluer l’environnement. Un mégot de cigarette peut mettre de 1 à 15 ans avant de se dégrader, peut générer des microplastiques et être ingéré par la faune, comme les oiseaux, les poissons ou les tortues. (8)
Pensez-y bien avant de jeter vos mégots par terre, ils représentent une source de pollution des océans! Parmi les 137 millions de mégots jetés au sol chaque jour, 40 % d’entre eux se retrouvent dans les cours d’eau et contribuent à leur pollution. À titre d’exemple, un seul mégot peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau, c’est énorme (9)!
Il est bon de savoir que les mégots de cigarettes peuvent être recyclés. En effet, l’acétate de cellulose retrouvée dans les filtres peut être transformé en matériaux composites et plastiques, utilisés dans le secteur du bâtiment. Il est alors conseillé d’utiliser des cendriers de poches qui permettent au fumeur de garder sur lui son mégot de cigarette après sa consommation, afin qu’il puisse l’éliminer correctement par la suite, entre autres dans des cendriers urbains.
Pour savoir comment recycler les mégots de cigarette, consultez notre article à ce sujet!
Les impacts de l’industrie du tabac en chiffres
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (10), l’industrie du tabac est responsable de :
Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter le rapport de l’OMS (2023) pour la Journée mondiale sans tabac, disponible ici : https://iris.who.int/bitstream/handle/10665/368359/9789240074842-fre.pdf
Les cigarettes électroniques
Communément appelées « vapoteuses », celles-ci sont devenues de plus en plus populaires dans le monde entier, mais peu d’informations sont disponibles et peu d’études scientifiques ont été réalisées sur les impacts environnementaux du cycle de vie des cigarettes électroniques. Il y a un consensus sur le fait que des études doivent rapidement voir le jour pour documenter les impacts environnementaux actuellement et potentiellement engendrés par les « vapoteuses », et de savoir si ces impacts se comparent à ceux des cigarettes conventionnelles.
Cependant, des inquiétudes sont présentes quant aux impacts des cigarettes électroniques sur l’environnement. Plusieurs études soulignent que la qualité de l’air, de l’eau, l’utilisation des terres et les animaux sont menacés en raison de la production, de l’utilisation et de l’élimination des cigarettes électroniques. Il y a une augmentation des préoccupations face à la gestion des déchets qu’engendrent les cigarettes électroniques, puisqu’elles sont consommées et jetées beaucoup plus rapidement que les autres appareils électroniques classiques. Certains modèles de cigarettes électroniques offrent la possibilité de remplacer certaines de ses composantes, comme les piles, les capsules et les atomiseurs, limitant ainsi la quantité de déchets produits, mais ces composantes représentent autant un enjeu d’élimination des déchets que les cigarettes électroniques à usage unique.
De plus, certaines composantes des « vapoteuses », comme les piles et les capsules remplaçables qui contiennent des résidus de nicotine concentrés, peuvent engendrer de la pollution lorsqu’elles sont libérées dans l’eau, l’air et le sol. Enfin, certains modèles peuvent contenir des piles qui nécessitent des procédés particuliers pour assurer leur élimination, ainsi que des produits chimiques, des emballages et d’autres matériaux non biodégradables.
Bref, il sera nécessaire de mettre en place de la sensibilisation, des études d’impact sur l’environnement, ainsi qu’une prise d’action globale afin d’atténuer les conséquences observées et prévues des « vapoteuses » sur la santé et l’environnement. (11)
- L’utilisation de plus de 200 000 hectares de terre, représentant l’équivalent de la superficie de l’île Maurice (204 000 ha) ;
- La coupe de 600 millions d’arbres, ce qui représente environ 5% de la déforestation dans le monde ;
- L’utilisation de 22 milliards de tonnes d’eau ;
- L’émission de 84 millions de tonnes de GES ;





























